vendredi 26 août 2011

Le BH fauve: article traduit et commenté pour le BHCF

Cet article de Liisa Kukkanen  fut à l’origine publié dans le Finnish Hollandse Herder Club Magazine Holsku (Février 1997), puis plus tard dans Pitkäkarvaposti (Janvier 1999) et enfin traduit pour les bulletins des Clubs Suisse et Norvégien du Berger Hollandais.

Voici la traduction ainsi que les commentaires français, publiés dans le bulletin du BHCF en 2007.


LE BERGER HOLLANDAIS FAUVE

                   
 Chiots d’environ 3 semaines                   Lissunmustan Aslan Aysal à gauche
                                                              et sa soeur Azarella Antika à droite



On peut trouver des Jaunes dans toutes les variétés de BH

La couleur jaune n’est pas acceptée chez le Berger Hollandais. Beaucoup pensent rapidement qu’elle n’existe pas, parce que l’on n’en voit nul part, mais plus vous cherchez de chiens jaunes plus vous en trouverez. La couleur « sans bringeures » existe dans toutes les variétés, peut-être est-ell plus courante chez le Poil long, mais malheureusement les informations sur le « jaune » sont difficiles à trouver puisque les gens n’en parlent pas facilement.

Cela changera peut-être au fil du temps, mais le fait est que la plupart des éleveurs suppriment ces chiots à la naissance, et n’admettent pas avoir déjà vu de chiots de cette couleur. D’autres suppriment les chiots, mais admettent qu’ils sont nés, et il y a aussi quelques éleveurs qui ne connaissent pas le « jaune » (comme moi) ou bien qui sont trop bienveillants pour tuer des chiots en bonne santé.

Mais, parlons maintenant en détail du « jaune », pour qu’aucun futur éleveur n’ai de chiot clair (ils ne naissent pas jaunes, mais plutôt beige) sans savoir comment il deviendra.


Couleurs acceptées et non acceptées

Des couleurs “anormales” existent dans de nombreuses autres races, par exemple, le Berger Belge Tervueren Gris (qui n’est pas accepté dans certaines pays, mais pas interdit en Finlande). Le Boxer a aussi sa spécificité, le blanc; très tôt les Boxer blancs ont été supprimés à la naissance, mais aujourd’hui ces chiots sont conservés (tout du moins en Finlande). Malheureusement les Boxer blancs sont parfois albinos ou sourds (ce qui bien sûr est une raison pour ne pas sélectionner cette couleur).

Chez le Berger Hollandais, la « mauvaise » couleur n’apporte aucune maladie, elle est simplement interdite. Peut-être est-ce du au fait que la couleur jaune rappelle celle du Tervueren. Et lorsque vous avez un Berger Hollandais et que vous entendez les gens dire que votre chien doit être un croisé Berger Belge, il serait bien d’expliquer qu’un chiot jaune peut n’avoir aucun lien de parenté avec un Tervueren !


Une petite leçon de génétique

La couleur jaune vient d’un gène récessif. Donc pour être jaune un chiot doit hériter de ce gène de ses deux parents, cela signifie que les deux parents doivent porter ce gène. Vous ne pouvez pas voir « sur » un chien bringé s’il porte le gène jaune, le seul moyen de le savoir est de le faire reproduire. Donc le seul moyen de dire assurément qu’un chien porte le gène jaune est de voir un chiot jaune dans sa descendance directe. Pour être sur qu’un chien ne porte pas ce gène vous devez le croiser avec un autre chien qui est connu pour porter ce gène. Et même là il n’est pas absolument certain d'obtenir des chiots jaunes.


« Les mathématiques sans espoir »

J’ai entendu parler en Hollande de jaune dans toutes les variétés. Moi-même j’en connais beaucoup uniquement chez le Poil Long, c’est donc la variété dont je parle le plus. Lorsque les bases génétiques du cheptel étaient assez limitées, une femelle jaune a été utilisée pour l’élevage en Hollande. Cette femelle s’appelait Mischa vd Osse Bossen (Arvensis' Doerack x Maske v.d. Breë).

La génétique nous dit que les deux parents doivent porter le gène jaune, or ces deux chiens sont derrière la majeure partie des Poil Long finlandais ! Donc la question est : qui porte le gène-jaune et pour combien de génération ? Personne ne peut répondre précisément à cette question. Néanmoins, je sais par expérience qu’il y a eu deux jaunes (et ils ont été tous les deux enregistrés dans un registre FCI) dans ma première portée avec Aysal Langhe v't Noorder Erf x Svartskenens Antika Cinnamon. Quelle chance pour un éleveur débutant !

Un chien entièrement noir (= trop de bringeures) est autorisé à vivre, à participer à des expositions et à recevoir des certificats (CAC) et même à devenir champion, mais un jaune (= trop peu de bringeures) ne sera utilisé nulle part, bien qu’il puisse produire des chiots normalement bringés s’il était utilisé dans l’élevage avec un chien non porteur du gène jaune. Et même avec un chien porteur, il y aurait 50% de chances de ne pas avoir de chiots jaunes.

Aurelia (Aura)


COMMENTAIRES

Je tiens tout d’abord à remercier Liisa Kukkanen d’avoir accepté que son article soit traduit et publié dans le bulletin du BHCF, ainsi que Jean-Marie Vanbutsele, passionné d’histoire et de génétique du Berger Belge, pour toutes les informations qu’il m’a fournies. Je voudrais  néanmoins apporter quelques premiers commentaires à propos de cet article, très intéressant, mais qui date déjà d’une dizaine d’années. Les récentes découvertes en biologie moléculaire nous aident maintenant à mieux comprendre la génétique des couleurs chez le chien.

Ainsi un chien « fauve » (fauve étant le mot utilisé en nomenclature génétique pour « jaune ») n’est pas un chien qui a « trop peu de bringeures ». En effet en génétique, les robes de couleurs « bringé » et « fauve » sont des robes totalement différentes et bien distinctes, dont les allèles correspondants (différentes versions d’un gène) sont situés sur des locus (emplacement du gène sur les chromosomes) différents.
Cet article est plutôt orienté vers le poil long, mais des chiots fauves peuvent naître dans des portées de poil court et de poil dur également, sans que cela signifie qu’un des deux parents soit un Berger Belge. De plus lorsqu’un chiot fauve naît dans une portée de Berger Hollandais, tant l’étalon que la lice en portent la responsabilité. En effet, l’allèle produisant le « fauve » étant récessif par rapport à l’allèle qui produit le « bringé », son action n’est donc apparente et phénotypiquement décelable que lorsque cet allèle est en double exemplaire et donc qu’il provient de chacun des deux géniteurs.


Athuma

Outre des accouplements « inter-variété », l’histoire du Berger Hollandais fut aussi ponctuée par des retrempes (c'est-à-dire des croisements entre un Berger Hollandais et un chien d’une autre race, dans un but sélectif précis). Souvent difficiles à dater et à quantifier, nous savons que ces retrempes ont eu lieu, ont lieu et auront lieu probablement encore dans le futur, notamment avec des Bergers Belges (principalement Malinois et Tervueren). Cette race offre en effet un phénotype quasi identique à celui du BH, et tout comme celui-ci, différentes variétés de poil.

Les croisements Berger Hollandais Poil Court x Malinois sont les plus connus, dans le but le plus souvent d’améliorer des qualités de travail, et peuvent également expliquer en partie le fait que des chiens « fauves » ressurgissent parfois dans certaines lignées de BH. Ces croisements sont interdits dans les lignées de chiens à pedigree, ils sont donc le plus souvent cachés, d’où la difficulté que nous pouvons avoir ensuite à en déterminer l’importance.

Pour la variété « poil long », un Tervueren (Ge-Tjakko v. Astritahof) fut utilisé deux fois en Hollande, tout d’abord sur Arvensis' Gonni Grata (1984) puis sur sa fille Arvensis' Kitty Carissima (1985). Ces accouplements ont été effectués afin d’élargir la base d’un cheptel alors très réduit. Ce nouvel apport de sang peut également expliquer la naissance de Berger Hollandais poil long « fauves » dans certaines lignées.

Pour terminer, voici un petit rappel historique qui ne manque pas d’intérêt dans le cadre de cet article.
En 1912, L. Seegers, dans son livre (1), évoque pour le Berger Hollandais, à propos des expositions des années 1891 à 1898, les couleurs suivantes :  « zwart-bruin, bruin, donkergele », qui sont des nuances de fauve. Dans le standard qu’il publie quelques pages plus loin, toutes les couleurs sont acceptées, mais le bringé sera privilégié.


              « Samlo », Chien de berger belge à poil court appartenant à M.P. Beernaert, de Bruxelles

Ceci, comme de nombreux autres témoignages, montre la présence de chiens fauves à l’origine du Berger Hollandais, de même que l’on retrouve des chiens bringés à la base du Berger Belge. Ainsi Ad. Reul (1849-1907), Professeur de zootechnie, auteur du standard du Berger Belge et juge de cette race, écrit dans son ouvrage (2) le passage suivant:
Là où le type de poil court a bien conservé toute son uniformité, c'est dans la Campine Anversoise, vers la frontière hollandaise et au delà, dans le Noord-Brabant (Hollande). Grand fut notre étonnement de rencontrer l'an dernier (7 septembre 1892) en visitant une exposition agricole organisée par la Noord-Brabantsche Maatschappij van Landbouw, à Oosterhout, à quelques lieues de la frontière anversoise, une douzaine de chiens de berger du type belge à poil ras le mieux accusé, appartenant à des paysans des environs. Nous possédons une mauvaise photographie de ce groupe de sujets uniformes. Ces chiens ont la taille du renard ou celle du loup, ils ont le poil ras, la robe fauve bringé; leurs oreilles sont remarquablement droites, fines et pointues, ouvertes en avant. […]
Il est donc ici évident qu’une double analyse s’impose pour l’étude de la couleur chez le Berger Hollandais, génétique et historique.

NB : Les chiens en photos sont tous des Berger Hollandais à pedigree (ici Finlandais ou Hollandais), dont les antécédents sont bringés.

(1) « Hondenrassen. Hun oorsprong, hunne geschiedenis en hunne ontwikkeling in Nederland », soit «Races de Chiens. Leur Origine, Histoire et Développement aux Pays-Bas »
(2) « Les Races de chiens – Origines – Historique – Qualités et aptitudes de chaque race (1894) »

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